Jean Fautrier Français, 1898-1964

Vue d'ensemble

Jean Fautrier est l’une des figures majeures de la peinture matiériste française de l’après-guerre. D’abord marqué par une peinture figurative aux tonalités sombres, il développe progressivement un langage fondé sur la matière, l’épaisseur et la présence de la surface picturale. Sa technique de la « haute pâte » lui permet de donner au matériau une place centrale dans l’œuvre.

 

Associé aux débuts de l’art informel aux côtés notamment de Jean Dubuffet, Fautrier se méfie pourtant des catégories qui cherchent à enfermer son travail dans un mouvement précis. Sa peinture repose davantage sur une recherche continue autour de la représentation et de la matière, où les formes peuvent progressivement se dissoudre jusqu’à devenir presque abstraites.

 

Son œuvre comprend également des gravures et des sculptures et se distingue par une grande économie de moyens, des formes souvent réduites à l’essentiel et une attention particulière aux qualités physiques de la peinture. Chez Fautrier, la matière ne constitue ainsi pas seulement le support de l’image : elle devient un élément fondamental de son langage artistique.

Oeuvres
  • Sans titre
    Jean Fautrier
    Sans titre, 1954
    Oil, ink and pastel on paper mounted on canvas
    35 × 30 cm with frame included
    13 4/5 × 11 4/5 in
    Unisgned, inventoried by the Succession of the artist in his studio in 1964, inv. n°22 , not signed.
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Biographie

“Ce qui compte est le besoin de peindre”

Jean Fautrier naît en 1898 et meurt en 1964 ; c’est un peintre, graveur et sculpteur français. Il est considéré comme l’un des précurseurs de l’art informel. Son oeuvre évolue : il passe d’une figuration sombre, à une peinture de plus en plus matérielle et abstraite. Cependant, procéder à une séparation nette entre ces deux périodes serait artificiel ; c’est lui-même qui soulignait cela, en affirmant que “Ce qui compte est le besoin de peindre”. D’ailleurs, Fautrier refuse lui-même l’idée d’un “art informel” comme catégorie permettant de définir son travail. Ainsi, son parcours apparaît plutôt comme une recherche continue autour de la représentation et de la matière, plutôt que comme le passage d’un style à l’autre. 

 

Fautrier est élevé par sa grand-mère d’origine irlandaise, mais à sa mort, en 1907, il rejoint sa mère à Londres. C’est alors qu’il entre à la Royal Academy en 1912 puis à la Slade School of Fine Art. Turner le marque profondément. Au début de la Première Guerre Mondiale, il revient en France et s’engage volontairement dans l’armée. Cependant, il est gazé durant la guerre, et réformé en 1921. 

C’est donc après la guerre qu’il s’installe à Paris ; d’abord à Montmartre puis à Montparnasse. Il commence ses travaux par des oeuvres qui demeurent figuratives (nus, portraits, natures mortes et paysages…). A l’époque, sa palette est plutôt sombre ; il utilise beaucoup les noirs. Il commence également à exposer : d’abord au Salon d’Automne, puis il présente sa première exposition personnelle à la galerie Visconti en 1924. C’est cette même année qu’il rencontre une collectionneuse, Jeanne Castel, qui devient un de ses premiers soutiens. C’est d’ailleurs elle qui le présente à celui qui deviendra son marchand régulier jusqu’en 1929 et la crise économique, Paul Guillaume. 

 

Un tournant dans sa peinture est marqué dans le milieu des années 20. A cette époque, il se tourne vers des compositions plus sombres et expressives, notamment en 1927 une série où le noir domine. Cette période marquera le point de départ d’une véritable transformation de son langage pictural. 

Fautrier développe ensuite une technique fondée sur l’épaisseur et la densité de la matière. Cette technique est souvent désignée comme la technique de la « haute pâte ». La surface de ses œuvres devient ainsi un véritable espace de travail, où la matière picturale prend une importance aussi grande que le sujet représenté. Cette recherche le conduit progressivement vers l’art informel, dont il sera, avec notamment Jean Dubuffet, l’une des figures pionnières en France après la Seconde Guerre mondiale.

Peintre mais également graveur et sculpteur, Fautrier poursuit parallèlement ses recherches sur différents supports et techniques. Son œuvre témoigne ainsi d’une volonté constante de renouveler les moyens de représentation, sans pour autant abandonner complètement la référence au réel.

 

Jean Fautrier meurt en 1964.