Serge Charchoune Russe, 1888-1975
Figure singulière de l’avant-garde du XXe siècle, Serge Charchoune développe une œuvre qui échappe aux catégories et aux courants artistiques établis. De ses premières recherches cubistes et dadaïstes à une peinture plus ornementale et symbolique, il explore la simplification des formes, la couleur et le rythme. Nourrie par les traditions populaires russes et espagnoles, son œuvre se construit ainsi dans un dialogue constant entre abstraction, figuration et ornement.
À l’image du titre de sa revue « Transbordeur », qu’il fonda en 1921, Serge Charchoune échappe aux limites et à la narration linéaire du modernisme du XXe siècle. Arrivé à Paris en 1912, Charchoune intégra l’atelier d’Henri Le Fauconnier, peu après le scandale cubiste de 1911. Pendant la guerre, il franchit la frontière espagnole, tout comme Sonia Delaunay, Marie Laurencin et Albert Gleizes. C’est en Espagne qu’il noua ses premiers contacts avec le groupe Dada, notamment Francis Picabia et le poète-boxeur Arthur Cravan. C’est ainsi que Charchoune parvint à « enterrer le cubisme » en 1920 dans les pages des publications dadaïstes, un acte symbolique fort. En 1921, il fit partie des artistes et écrivains qui signèrent L’Œil cacodylate de Picabia.
Charchoune portait néanmoins en lui la vaste tradition ornementale et populaire de sa Russie natale, ainsi que l’art populaire espagnol qu’il avait découvert au cours de ses voyages. Avec l’essoufflement du dadaïsme, Charchoune revint aux sources de son art, tout en les réinterprétant. Il dépassa le purisme d’Ozenfant et de Le Corbusier, poussant la simplification et la réduction à l’essentiel jusqu’à leur aboutissement. À partir des années 1940, il créa une forme de cubisme plus ornementale et hautement symbolique. Ses œuvres devinrent de plus en plus colorées, dans une recherche de rythme formel et chromatique.