Vue d'ensemble

Peintre né et mort à Montmartre, il est une figure haute en couleur du quartier où il vécut jusqu'à sa mort.  Amputé d'une jambe pendant la Première Guerre mondiale, il se forme en autodidacte au contact des artistes du Bateau-Lavoir (Utrillo, Juan Gris) avant de développer, à partir de 1924, un expressionnisme personnel nourri par Goya, Greco et Vélasquez découverts au Prado. Sa décennie la plus créative (1925-1930) le voit exposé aux côtés de Picasso, Braque et Soutine. Proche de Louis-Ferdinand Céline dans les années 1930-40, il illustre ses romans avant de rompre avec lui. Peintre du mouvement, il connaît un franc succès commercial dans les années 1950-60 et meurt en 1975, salué après coup comme l'un des rares véritables représentants de l'expressionnisme dans la peinture française.

Oeuvres
  • Le père Labille
    Gen Paul
    Le père Labille, 1927
    Oil on canvas
    36 3/5 × 29 1/2 in
    93 × 75 cm
    Signed and dated on the upper left.
    Titled on the reverse « Père Labille restau chez Catherine place du Tertre »
  • Nu
    Gen Paul
    Nu, 1927
    Oil on canvas
    65 × 54 cm
    Signed upper left: Gen Paul
  • Scène de café
    Gen Paul
    Scène de café, 1929
    Gouache on paper
    24 3/5 × 16 7/10 in / 62.5 × 42.5 cm
    Hand-signed by artist
    Signed and dated on the lower right
  • Portrait de jeune fille
    Gen Paul
    Portrait de jeune fille, circa 1927
    Huile sur toile
    55 x 33 cm
  • Portrait d'Ernest Lajeunesse
    Gen Paul
    Portrait d'Ernest Lajeunesse, 1928
    Huile sur toile
    100 x 65 cm (39 ½ x 25 ½ in.)
    Signée en bas à droite
Vidéo
Expositions
Evénements
Biographie

Eugène Paul, dit Gen Paul, naît le 2 juillet 1895 rue Lepic, à Montmartre, d'une mère brodeuse et d'un père musicien. Après son certificat d'études obtenu en 1908, il devient apprenti tapissier. Il nourrit très tôt un goût pour le dessin, suivant les cours du soir de son ancien du cours, et visitant le Louvre chaque dimanche. 

 

La Première Guerre Mondiale marque un tournant dans la vie de Gen Paul. Tout d’abord, il perd son emploi de tapissier, et se voit contraint de fait à s’engager dans l’infanterie d’Antibes en 1914. Durant cette période, il gagne quelques sous en réalisant le portrait de ses camarades. En 1915, sa vie bascule : une blessure par balle suivie de gangrène entraîne l’amputation de sa jambe droite. Il est par la suite démobilisé en 1916, ce qui lui permet de revenir à Montmartre. Il s’installe alors définitivement dans un petit immeuble de l’impasse Girardon et épouse Fernande Pierquet. Il commence à se tourner vers l’alcool tout autant que la peinture pour surmonter sa douleur. Il vend sa première toile, une vue du Moulin de la Galette aperçu depuis sa fenêtre, à un antiquaire. 

 

Au cours des années suivantes, il va commencer à tisser des liens avec les artistes de Montmartre, notamment Utrillo. Ces artistes vont le soutenir, allant jusqu’à lui fournir du matériel pour qu’il puisse peintre : vieux pinceaux et tubes de peinture. Il gravite ainsi dans la sphère du Bateau-Lavoir. Ragueneau, l’antiquaire qui avait acheté sa première toile, achète désormais l’ensemble de sa production et notamment ses vues de Paris. Il commence ses premiers portraits dans les années 20, notamment des portraits de clowns ; à cette même époque, il voyage un peu partout dans le monde, en Espagne et au Pays Basque, mais aussi aux Etats-Unis, qu’il traverse, de New-York à la Nouvelle-Orléans en passant par la Californie. 

 

C’est à partir de 1924 que Gen Paul va s’écarter des influences montmartroises pour développer son style propre. Ce faisant, il déforme les sujets et peint dans un mouvement vigoureux. Cette nouvelle manière doit beaucoup à son séjour au Prado, où il est durablement marqué par la rencontre esthétique avec les oeuvres de Vélasquez et surtout de Goya. Passionné de musique, il rencontre divers musiciens professionnels, qui nourriront son inspirations ; le portrait de musiciens devient d’ailleurs l’un de ses motifs de prédilection. 

 

Jusqu’en 1930, il crée de manière foisonnante. En 1928, la galerie Bing l'expose aux côtés de Picasso, Rouault, Braque et Soutine, qu'il ne connaît pourtant pas encore. Un contrat signé avec le marchand Bernheim est rompu dès 1929, victime du krach boursier.

 

La décennie suivante est marquée par sa proximité avec l'écrivain Louis-Ferdinand Céline. Autour d'eux et de Marcel Aymé se forme un cercle mêlant musiciens classiques et jazz, médecins, écrivains et comédiens de la Comédie-Française, qui se retrouvent dans son atelier. En 1942, l'éditeur Denoël lui confie l'illustration de deux romans de Céline, Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. Leur amitié prend fin après 1944.

 

Cette période est aussi endeuillée par la mort de sa femme Fernande en 1939 ; réfugié à Sanary avec Marcel Duchamp, Moïse Kisling et Daragnès pendant la guerre, il se consacre alors pleinement à la peinture, entamant notamment une série de nus.

 

Gen Paul meurt en 1975, à Paris. Plusieurs expositions lui sont consacrées après sa mort, la plus importante se tenant en 1995, pour le centenaire de sa naissance, au couvent des Cordeliers, réunissant une centaine d'œuvres majeures de sa période expressionniste (1924-1930). Des toiles de lui figurent aujourd'hui dans les collections des musées de Berne et de Granville, ainsi que dans les réserves du Musée national d'art moderne à Paris.