Kees Van Dongen Néerlandais - Français, 1877-1968

Vue d'ensemble

Peintre néerlandais installé à Paris dès 1897, voisin de Picasso au Bateau-Lavoir, il annonce le fauvisme dès 1902 avant de rejoindre officiellement le mouvement au Salon de 1905, puis le groupe expressionniste allemand Die Brücke en 1908. Cette double appartenance en fait une figure singulière de l'École de Paris. Coloriste vigoureux à la palette volontairement restreinte, il privilégie les scènes d'intérieur à lumière électrique (cirques, cabarets, théâtres) plutôt que les paysages en plein air de ses collègues fauves. Son expressionnisme vitaliste influence durablement Die Brücke. Après la Première Guerre mondiale, il devient le portraitiste mondain du Tout-Paris, célèbre pour ses figures féminines à l'allure provocante, même si ces œuvres tardives n'égalent pas, pour la critique, l'intensité de ses œuvres d'avant 1918.

Oeuvres
  • La Chemise (Femme penchée sur un coussin)
    Kees Van Dongen
    La Chemise (Femme penchée sur un coussin), 1905
    Oil on canvas
    48.5 x 55 cm
    Signed on the bottom right 

  • Van Dongen fait son marché
    Kees Van Dongen
    Van Dongen fait son marché, 1949
    Gouache and pencil on paper.
    23 x 16
    Signed by the artist in the lower-right corner.
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Biographie

Kees van Dongen est un peintre néerlandais, formé en Hollande à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Rotterdam. Ses premiers travaux relèvent principalement du style impressionniste. 

 

C’est en 1897 qu’il s’installe à Paris, plus précisément à Montmartre, berceau de l’effervescence artistique de l’époque. Il s’établit au Bateau-Lavoir, regroupement d’ateliers d’artistes de légende, qui abrite certains des créateurs les plus influents du siècle, notamment Matisse, Braque, Derain, Dufy, Marie Laurencin, Modigliani ou encore Maurice Utrillo. En haut des marches de la rue Ravignan, van Dongen va s’immerger pleinement à la vie artistique de son temps. 

 

À Paris, il subit l'influence de Toulouse-Lautrec et du peintre et graveur Art nouveau Théophile-Alexandre Steinlen, ainsi que d'Édouard Vuillard et du synthétisme de Gauguin. Van Gogh lui suggère quant à lui la valeur émotionnelle de la couleur. Il prend part à différentes revues satiriques, populaires à l’époque, telles que L’Assiette au beurre ou encore Le Rabelais. Sa première exposition personnelle a lieu en 1904, organisée par le grand marchand Ambroise Vollard. Dès 1902, avec son Portrait de la Goulue, où la couleur remplace la structure dessinée, il annonce le fauvisme avant la lettre ; Vlaminck et Derain ne produiront les premières œuvres fauves que quelques années plus tard. 

 

Au Bateau-Lavoir, van Dongen devient le voisin du jeune Pablo Picasso. C’est alors le début de leur amitié, allant même jusqu’à partager leur atelier pour un temps. Durant la période rose de Picasso, ils se rendent ensemble au cirque une fois par semaine, pour y faire des croquis. Cependant, là où Picasso peint dans une veine mélancolique, van Dongen reste humoristique, vivant et joyeux. 

 

En 1905, il expose au Salon avec le groupe des Fauves, ce qui renforce l'impression ardente et sensuelle de sa peinture ; en 1908, il rejoint également le groupe expressionniste allemand Die Brücke. Van Dongen occupe une place singulière parmi les artistes de l'École de Paris : contrairement à la plupart de ses collègues fauves, français et peintres de paysages en lumière naturelle, ce Néerlandais préfère les scènes d'intérieur (théâtres, cirques, cabarets) où la lumière électrique permet un contraste plus intense.

 

Il faut noter aussi que le style et la palette de van Dongen sont immédiatement reconnaissables. En effet, parmi les fauves, il s’impose comme l’un des meilleurs coloristes : vigoureux et raffiné, il propose des rapports chromatiques nouveaux, issus de longues recherches. Sa palette reste volontairement restreinte : vert, rouge, et noir, surtout. 

 

Son expressionnisme, vitaliste et presque biologique, agressif et direct, exercera une influence marquée sur les peintres expressionnistes allemands de Die Brücke. Après quelques essais de paysages, van Dongen se concentre sur le portrait, en particulier féminin : il explore l'allure de la figure, la peau, l'allongement du cou, sur des arrière-plans le plus souvent minimaux. Lui-même décrivait le corps féminin comme étant le “plus beau paysage”. 

 

Van Dongen devient bientôt le portraitiste du Tout-Paris. Témoin des gloires et des misères de la Belle Époque, il fait de la vie de cirque, des cabarets et des guinguettes, du nu à la splendeur effrontée, ou encore du pouvoir et de l'argent, ses thèmes de prédilection. Portraitiste mondain très sollicité, il crée un type de femme reconnaissable entre tous : yeux fortement soulignés, poses, parures et bijoux provocants. Ce type aura été décrit comme des femmes “moitié prostituée de salon, moitié princesse de trottoir”. Ces œuvres tardives, si elles assurent sa célébrité mondaine, n'égalent cependant pas, pour la plupart, l'impact de ses œuvres d'avant 1918.