César Baldaccini, dit César French, 1921-1998
Figure majeure de la sculpture du XXe siècle et membre du Nouveau Réalisme, César a une pratique de la sculpture profondément révolutionnaire notamment à travers l’usage de matériaux industriels et de récupération. Du fer soudé aux compressions automobiles, il explore les propriétés propres à la matière et questionne également le rapport au quotidien. Son œuvre témoigne ainsi d’une volonté constante d’expérimenter, de transformer les matériaux et de repousser les limites traditionnelles de la sculpture.
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Cette œuvre, qui fait partie de la série des plaques, s’inscrit, comme l’explique César, dans la lignée de la série des Ailes. Initialement intitulées « Boucliers », ces plaques sont décrites schématiquement comme de grandes œuvres carrées. Elles ne résultent pas d’un « glissement conceptuel opéré lucidement par l’artiste, mais d’une conséquence fortuite du traitement des déchets métalliques issus du soudage », comme l’explique Renaud Bouchet dans son ouvrage Les Fers de César. César lui-même l’explique ainsi : « Après le nu, mon imagination a commencé à travailler avec la matière. Que faire de ce carré de métal ? Au lieu que ce soit moi qui décide d’en faire un nu, c’est le carré qui a décidé. C’est ainsi que j’ai réalisé de grandes œuvres carrées, j’ai pensé à travers la matière. » Les Plaques deviennent ainsi les sculptures les plus « naturelles » de César, qui se laissent guider par le fer, tout en conférant à chacune d’elles une singularité et une force organique que l’on perçoit dans l’œuvre de 1956-1957, reproduite ci-dessus.
César, né de parents italiens à Marseille, reste dans les mémoires comme l’un des sculpteurs les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle. Il a grandi dans l’un des quartiers pauvres de Marseille avant de s’installer à Paris en 1943 pour intégrer l’École nationale des Beaux-Arts. Jeune artiste disposant de très peu de moyens, il trouve ses matériaux dans la rue et se rend dans les casses pour récupérer ce qu’il peut. C’est là que commence son histoire avec la ferraille.
"Quand j’étais jeune, je pensais que je deviendrais sculpteur, comme Michel-Ange, comme Maillol, comme Giacometti. À l’origine, un sculpteur travaille la terre. Puis, j’ai réalisé qu’il y avait eu Gonzales, Picasso… beaucoup d’artistes utilisaient le fer, ce n’était pas nouveau. Ce qui était nouveau, c’était plutôt la récupération de matériaux de récupération."
La possibilité de recourir à la fonderie et d’utiliser des matériaux recyclés crée donc de nouvelles perspectives, ce qui a permis à César de réaliser des œuvres de grande taille.
En bricolant avec les tiges de fer qui servent de renfort aux sculptures en plâtre, il se rend compte que ce matériau est plus intéressant que celui avec lequel il comptait les recouvrir.
Certes, il n’est pas le premier à utiliser le fer : Gonzalez et Picasso, entre autres, l’ont précédé. Mais il va innover dans ce médium, grâce à une technique importée de l’industrie : le soudage à l’arc, qui lui offre une souplesse dont ses prédécesseurs ne disposaient pas. Plutôt que de marteler le fer à chaud, il peut littéralement le modeler. « C’est simple, disait-il, je peux souder une aiguille à une enclume. » Il s’inspire également d’objets existants. Picasso a vu une tête de taureau dans l’assemblage d’une selle et d’un guidon de vélo. César reprend la courbure d’un tuyau de poêle pour former le corps de son Coq de 1947. Une lame de hache devient la tête du Guerrier de 1949.
Lorsque Daniel Abadie, lors de la rétrospective consacrée à l’artiste à la Galerie nationale du Jeu de Paume en 1997, lui a demandé si ce type de transposition n’était pas simplement inspiré par l’inventivité plastique de Picasso, le sculpteur a répondu : « Ce n’est pas du tout ça, car les sculptures que j’ai réalisées à Villetaneuse ne sont pas des objets trouvés, ce sont toujours des déchets métalliques… ». Pierre Daix, l’un des meilleurs spécialistes de Picasso, va plus loin en affirmant que César crée « en trois dimensions l’équivalent de ce qui est la clé en peinture ».
César devient rapidement célèbre. Ses pièces en fer soudé sont très recherchées par de nombreux collectionneurs. Il est invité à la Biennale de Venise en 1956, expose à la Hanover Gallery de Londres en 1957, et reçoit des prix et des médailles à Londres et à Bruxelles en 1958. En 1959, il participe à la deuxième Documenta de Cassel avec trois sculptures. Puis il risque tout en exposant ses « compressions automobiles » au Salon de mai 1960. Il expliquera plus tard à Bernard Blistène, lors d’une rétrospective à Marseille en 1993 : « Je voulais faire avec la machine ce que je faisais avec mes mains… (...) Je ne laissais la machine faire que ce que mes mains ne pouvaient pas faire. » Et là encore, il fut le premier.
Il se définissait comme un artiste non conventionnel et continuera, tout au long de sa création artistique, à explorer des formats et des techniques. « Je vais là où le vent m’emmène » et « Je déteste la facilité » sont des phrases qu’il répétera dans plusieurs interviews.
Peu doué pour les calculs, il expliquait que les « choses » qu’il créait n’étaient pas préméditées, mais vécues, ce qui signifie que ces œuvres sont des expériences, des instants fugaces, des inspirations impulsives.
En 2018, César a été honoré à titre posthume par une rétrospective au Centre Georges Pompidou, qui a rendu hommage à l’artiste en tant que l’un des plus grands contributeurs à la sculpture du XXe siècle à l’échelle mondiale. Son œuvre est désormais largement représentée dans les musées du monde entier, notamment au Museum of Modern Art de New York, à la Tate Gallery de Londres et au Musée d’Art Moderne de Paris.